Le Digital au service de la Logistique

Article
05/14/2018

Dernier maillon de la chaîne, la Logistique est souvent une fonction stratégique mais sous-estimée de l’entreprise. Elle représente pourtant une part significative de la valeur ajoutée et un vrai enjeu de différenciation par le service.

La Logistique est aujourd’hui confrontée à de nouveaux défis, mais aussi à de nouvelles opportunités offertes par les technologies & le digital.

 

La différenciation par le service

Les clients sont de plus en plus exigeants en termes de service, de réactivité et de communication d’informations. L’excellence opérationnelle n’est plus une option, c’est une obligation.

L’apport de la technologie pour améliorer le taux de qualité de préparation des commandes est désormais une évidence. Le « zéro défaut » est devenu presque accessible grâce aux développements des technologies ou aux apports de la mécanisation.

De même, la capacité de réagir aux aléas inhérents aux opérations logistiques et transport se trouve décuplée par la technologie : re-router un camion en temps réel pour faire face aux évolutions du trafic, alerter le destinataire final, apporter des services complémentaires : dématérialisation documents, gestion de boîtes aux lettres connectées, modification de commande à la dernière minute…

Par ailleurs, la mise en place de capteurs IoT permet de disposer d’informations concernant la localisation, la température, le mouvement, etc. des supports équipés, et ce dans la majorité des pays du monde, sans besoin d’infrastructures (contrairement à la technologie RFID). Les cas d’usage sont très nombreux. Par exemple, Argon a expérimenté la mise en place de capteurs IoT sur des containers pour Michelin. L’utilisation des données associées permet non seulement de mieux connaître la réalité des routes suivies par le container, mais aussi d’anticiper les inévitables avances ou retards à l’arrivée et ainsi à la fois optimiser les stocks, arbitrer quant aux priorités de distribution et apporter une meilleure visibilité aux clients. Cette technologie permet également d’améliorer la sécurité et la traçabilité, sujet que nous évoquerons plus bas, par le suivi des températures, de la non ouverture du container en cours de route, et l’association de documents dématérialisés à un tag unique.

 

L’ergonomie et la pénibilité du travail

La limite de la productivité logistique est bien entendu la pénibilité du travail. Un préparateur de commande soulève communément chaque jour plusieurs tonnes et peut parcourir une dizaine de kilomètres.

Dans ces conditions, il devient illusoire de parler de productivité sans apporter de solution à l’ergonomie des postes, d’autant que la réglementation se durcit sur ces thèmes dans les métiers de la logistique et du transport.

Sur ce volet, l’apport des nouvelles technologies est de deux natures :

  • Assistance au préparateur dans la réalisation de ses tâches : systèmes dits « Goods to man » (dans lesquels les objets sont apportés à l’opérateur) évitant les déplacements du préparateur, systèmes d'aide à la préhension - voire de préhension robotisée - pour faciliter les transferts et éviter les mouvements à risque, lunettes à réalité augmentée permettant la reconnaissance automatique du produit. Les exo-squelettes et ergo-squelettes sont des technologies qui pourraient s’avérer intéressantes dans le futur pour la manutention des charges lourdes, et déjà expérimentées dans l’industrie automobile et chez des prestataires logistiques comme Geodis ou FM Logistics, entre autres.
  • Suivi et alerte vs seuils tolérés : des capteurs individuels permettent de mesurer les distances parcourues, les poids transportés par chaque opérateur. Avant que le seuil acceptable ne soit atteint, le système peut réaffecter automatiquement l’opérateur à une autre typologie de tâche, moins traumatisante.

 

La productivité et la flexibilité des infrastructures logistiques

L’automatisation (transstockeurs, systèmes à gares, chaînes de tri, convoyeurs…) en vogue dans les entrepôts dans les années 90 s’est avérée rigide, peu évolutive et manquant parfois de fiabilité, alors même que les Supply Chains se voyaient bouleversées par la mondialisation avec des sourcings plus lointains nécessitant de revoir les dispositifs logistiques vers plus d’adaptabilité.

Aujourd’hui, ces technologies désormais éprouvées ont largement gagné en fiabilité et elles se sont étendues à des contenants de type bacs, qui les rendent plus pertinentes pour les flux de détail actuels. Elles peuvent également être complétées par des solutions mécanisées plus légères, permettant de concilier productivité et flexibilité : robots de palettisation, systèmes de roulage autoguidés (AGV), roulage d'étagères mobiles (Scallog) voire robots à déplacement en 3 dimensions (Autostore ou Skypod d’Exotec).

A titre d’exemple, la majorité des acteurs de la GSA en France déploie ou a minima expérimente des solutions automatisées pour la réalisation de leurs activités logistiques que ce soit pour les flux magasins ou e-commerce. Système U fut l’un des premiers au début des années 2000 à intégrer différentes technologies (Vanderlande, Ulma, Syleps…) dans ses entrepôts existants, tandis que Leclerc déploie depuis 4 ans de nouveaux entrepôts tout automatisés par Witron. Plus récemment c’était au tour de Auchandirect d’ouvrir un entrepôt Knapp fin 2016, et enfin Casino a annoncé son rapprochement avec le leader de l’automatisation et du e-commerce alimentaire anglais Ocado, fin 2017.

Par ailleurs, certaines opérations peuvent désormais être réalisées de nuit par des robots intelligents (Autonomous Mobile Robots -AMRs), évitant la présence humaine en horaires décalés. C’est le cas des inventaires ou du gardiennage, pouvant être réalisés par des robots/drones intelligents, qui alertent un centre de sécurité en cas de besoin. Ces solutions déployées dans les magasins Walmart et Tesco aux USA depuis fin 2017, sont également testées en France depuis mi 2016 notamment dans les entrepôts de FM Logistics.

 

La sécurité et la traçabilité

Les scandales sanitaires des dernières décennies ont contribué à augmenter les exigences en termes de traçabilité des produits pharmaceutiques ou alimentaires. La volonté des entreprises de se protéger des contrefaçons et des vols, associée à une complexification des flux, induit une généralisation de l’exigence de traçabilité et de sécurité des marchandises.

Les différentes solutions de tracking et tracing sont donc amenées à se généraliser via la mise en place du DataMatrix, les objets connectés (solutions RFID – dont le prix de revient a été divisé par 100 en 20 ans, mais surtout capteurs miniaturisés, IoT…), ou blockchain – qu’elle soit publique ou privée.

Les communications récentes de Carrefour quant à la création de la 1ère blockchain européenne sur la filière du poulet d’Auvergne et à son déploiement à 8 autres filières produits d’ici fin 2018 ne sont que les premiers pas d’une nouvelle révolution.

Par ailleurs, la masse d’informations collectées n’est non seulement plus un frein, grâce aux évolutions technologiques, mais au contraire, une opportunité. En effet les outils de Big Data (MondoBrain, Google BigQuery, etc.) permettent d’exploiter un très grand nombre de données et ouvrent de nouveaux horizons pour l’optimisation des flux.

 

Conclusion

Toutes les technologies ne seront pas forcément uniformément applicables à toutes les entreprises : les volumétries, les caractéristiques des produits, les prérequis organisationnels et SI pourront largement influer sur la faisabilité et le retour sur investissement de chaque solution dans un contexte donné.

Cependant, au vu du potentiel offert par les nouvelles technologies appliquées à la logistique, il est incontournable pour tout directeur Supply Chain en 2018 de se poser la question de ces nouvelles opportunités offertes par la technologie & le digital !